Une version assez modifiée quant au rôle de la cognition dans le processus affectif a été proposée en 1984[1], dans une série d’articles contribués à la question de l’interaction de l’affect et de la cognition.
Zajonc admet que l’émotion peut se construire sur la base de « cognition » à condition que la notion de cognition soit bien redéfinie. Il distingue entre la cognition et la représentation. D’un côté, le terme cognition est définie comme processus internes de traitement de l’information inclus dans l’acquisition, la transformation et le stockage de l’information. Les processus de traitement de l’information, c’est-à-dire, la cognition, ont pour fonction de transformer constamment les simples stimuli sensoriels en représentations d’après certain codage spécifique de notre architecture cognitive. De l’autre, la notion de représentation est définie comme « produit » de la cognition signalée comme processus, notamment quand son contenu peut être analysée par moyen sémantique.
Parler l’interaction entre l’émotion et la cognition, selon Zajonc, c’est parler l’interdépendance dynamique entre les deux processus, et non celle de leurs produits, à savoir l’image mentale d’un stimulus émotionnel et l’expérience affective liée à ce dernier. Bref, l’essentiel ne se présente pas dans le fait de nier la participation du processus cognitif dans certaines émotions, ni de désapprouver l’interaction de l’émotion et du processus cognitif, mais de réclamer que les représentations mentales provenant des traitements cognitifs de haut niveau comme la pensée, la connaissance, le concept, l’appréciation ou l’évaluation cognitive ne sont pas les conditions nécessaires de certaines émotions, notamment les émotions dites primaires. Il va falloir poser notre regard en arrière, afin de focaliser l’analyse sur l’interaction dynamique des processus cognitifs et affectifs, et non seulement sur leurs produits, les représentations mentales.
Les déclencheurs de l’émotion peuvent rester inconscients. C’est une des raisons pour lesquelles une instance émotionnelle ne peut pas être toujours sous le contrôle délibéré de l’individu.
[1] Voir Robert B. Zajonc (1984). On primacy of affect, in : C.E. K. R. Scherer & P. Ekman (Eds.), Approaches to emotion, 259-270 .