
J’aime pas les foutaises…
22 mars 2008 à 10:05 (Cinéma)
Tags: Court-métrage, Dominique Pinon, Fantastique, France, Jean-Pierre Jeunet

Le Voyage
11 mars 2008 à 4:45 (Sujets divers et blabla)
Tags: Charles Baudelaire, France, Poésie
À Maxime Du Camp.
I
Pour l’enfant, amoureux de cartes et d’estampes,
L’univers est égal à son vaste appétit.
Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes !
Aux yeux du souvenir que le monde est petit !
Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,
Le coeur gros de rancune et de désirs amers,
Et nous allons, suivant le rythme de la lame,
Berçant notre infini sur le fini des mers :
Les uns, joyeux de fuir une patrie infâme ;
D’autres, l’horreur de leurs berceaux, et quelques-uns,
Astrologues noyés dans les yeux d’une femme,
La Circé tyrannique aux dangereux parfums.
Pour n’être pas changés en bêtes, ils s’enivrent
D’espace et de lumière et de cieux embrasés ;
La glace qui les mord, les soleils qui les cuivrent,
Effacent lentement la marque des baisers.
Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
Pour partir ; coeurs légers, semblables aux ballons,
De leur fatalité jamais ils ne s’écartent,
Et sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons !
Ceux-là, dont les désirs ont la forme des nues,
Et qui rêvent, ainsi qu’un conscrit le canon,
De vastes voluptés, changeantes, inconnues,
Et dont l’esprit humain n’a jamais su le nom !
II
Nous imitons, horreur ! la toupie et la boule
Dans leur valse et leurs bonds ; même dans nos sommeils
La Curiosité nous tourmente et nous roule,
Comme un Ange cruel qui fouette des soleils.
Singulière fortune où le but se déplace,
Et, n’étant nulle part, peut être n’importe où !
Où l’Homme, dont jamais l’espérance n’est lasse,
Pour trouver le repos court toujours comme un fou !
Notre âme est un trois-mâts cherchant son Icarie ;
Une voix retentit sur le pont : « Ouvre l’oeil ! »
Une voix de la hune, ardente et folle, crie :
« Amour… gloire… bonheur ! » Enfer ! c’est un écueil !
Chaque îlot signalé par l’homme de vigie
Est un Eldorado promis par le Destin ;
L’Imagination qui dresse son orgie
Ne trouve qu’un récif aux clartés du matin.
Ô le pauvre amoureux des pays chimériques !
Faut-il le mettre aux fers, le jeter à la mer,
Ce matelot ivrogne, inventeur d’Amériques
Dont le mirage rend le gouffre plus amer ?
Tel le vieux vagabond, piétinant dans la boue,
Rêve, le nez en l’air, de brillants paradis ;
Son oeil ensorcelé découvre une Capoue
Partout où la chandelle illumine un taudis.
III
Étonnants voyageurs ! quelles nobles histoires
Nous lisons dans vos yeux profonds comme les mers !
Montrez-nous les écrins de vos riches mémoires,
Ces bijoux merveilleux, faits d’astres et d’éthers.
Nous voulons voyager sans vapeur et sans voile !
Faites, pour égayer l’ennui de nos prisons,
Passer sur nos esprits, tendus comme une toile,
Vos souvenirs avec leurs cadres d’horizons.
Dites, qu’avez-vous vu ?
IV
« Nous avons vu des astres
Et des flots ; nous avons vu des sables aussi ;
Et, malgré bien des chocs et d’imprévus désastres,
Nous nous sommes souvent ennuyés, comme ici.
La gloire du soleil sur la mer violette,
La gloire des cités dans le soleil couchant,
Allumaient dans nos coeurs une ardeur inquiète
De plonger dans un ciel au reflet alléchant.
Les plus riches cités, les plus beaux paysages,
Jamais ne contenaient l’attrait mystérieux
De ceux que le hasard fait avec les nuages.
Et toujours le désir nous rendait soucieux !
- La jouissance ajoute au désir de la force.
Désir, vieil arbre à qui le plaisir sert d’engrais,
Cependant que grossit et durcit ton écorce,
Tes branches veulent voir le soleil de plus près !
Grandiras-tu toujours, grand arbre plus vivace
Que le cyprès ? – Pourtant nous avons, avec soin,
Cueilli quelques croquis pour votre album vorace,
Frères qui trouvez beau tout ce qui vient de loin !
Nous avons salué des idoles à trompe ;
Des trônes constellés de joyaux lumineux ;
Des palais ouvragés dont la féerique pompe
Serait pour vos banquiers un rêve ruineux ;
Des costumes qui sont pour les yeux une ivresse ;
Des femmes dont les dents et les ongles sont teints,
Et des jongleurs savants que le serpent caresse. »
V
Et puis, et puis encore ?
VI
« Ô cerveaux enfantins !
Pour ne pas oublier la chose capitale,
Nous avons vu partout, et sans l’avoir cherché,
Du haut jusques en bas de l’échelle fatale,
Le spectacle ennuyeux de l’immortel péché :
La femme, esclave vile, orgueilleuse et stupide,
Sans rire s’adorant et s’aimant sans dégoût ;
L’homme, tyran goulu, paillard, dur et cupide,
Esclave de l’esclave et ruisseau dans l’égout ;
Le bourreau qui jouit, le martyr qui sanglote ;
La fête qu’assaisonne et parfume le sang ;
Le poison du pouvoir énervant le despote,
Et le peuple amoureux du fouet abrutissant ;
Plusieurs religions semblables à la nôtre,
Toutes escaladant le ciel ; la Sainteté,
Comme en un lit de plume un délicat se vautre,
Dans les clous et le crin cherchant la volupté ;
L’Humanité bavarde, ivre de son génie,
Et, folle maintenant comme elle était jadis,
Criant à Dieu, dans sa furibonde agonie :
“Ô mon semblable, ô mon maître, je te maudis !”
Et les moins sots, hardis amants de la Démence,
Fuyant le grand troupeau parqué par le Destin,
Et se réfugiant dans l’opium immense !
- Tel est du globe entier l’éternel bulletin. »
VII
Amer savoir, celui qu’on tire du voyage !
Le monde, monotone et petit, aujourd’hui,
Hier, demain, toujours, nous fait voir notre image :
Une oasis d’horreur dans un désert d’ennui !
Faut-il partir ? rester ? Si tu peux rester, reste ;
Pars, s’il le faut. L’un court, et l’autre se tapit
Pour tromper l’ennemi vigilant et funeste,
Le Temps ! Il est, hélas ! des coureurs sans répit,
Comme le Juif errant et comme les apôtres,
À qui rien ne suffit, ni wagon ni vaisseau,
Pour fuir ce rétiaire infâme : il en est d’autres
Qui savent le tuer sans quitter leur berceau.
Lorsque enfin il mettra le pied sur notre échine,
Nous pourrons espérer et crier : En avant !
De même qu’autrefois nous partions pour la Chine,
Les yeux fixés au large et les cheveux au vent,
Nous nous embarquerons sur la mer des Ténèbres
Avec le coeur joyeux d’un jeune passager.
Entendez-vous ces voix, charmantes et funèbres,
Qui chantent : « Par ici ! vous qui voulez manger
Le Lotus parfumé ! c’est ici qu’on vendange
Les fruits miraculeux dont votre coeur a faim ;
Venez vous enivrer de la douceur étrange
De cette après-midi qui n’a jamais de fin ! »
À l’accent familier nous devinons le spectre ;
Nos Pylades là-bas tendent leurs bras vers nous.
« Pour rafraîchir ton coeur nage vers ton Électre ! »
Dit celle dont jadis nous baisions les genoux.
VIII
Ô Mort, vieux capitaine, il est temps ! levons l’ancre !
Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Appareillons !
Si le ciel et la mer sont noirs comme de l’encre,
Nos coeurs que tu connais sont remplis de rayons !
Verse-nous ton poison pour qu’il nous réconforte !
Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau,
Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ?
Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau !
Charles Baudelaire - Les Fleurs du mal (deuxième édition), 1861
Esthétique du noir et blanc vs. petit malaise visuel
20 février 2008 à 4:10 (Cinéma, Esthétique, Films d'animation)
Tags: Christian Volckman, Dessin animé, France

Christian Volckman – Renaissance, 2006
Pierre Bonnard – Salle à manger
15 février 2008 à 8:17 (Artistes)
Tags: Fenêtre, France, Impressionniste, Paysage, Peinture, Pierre Bonnard, Vernon

Salle à manger à la campagne, 1913
Au-dedans, au-dehors
♦♦♦

La table et le jardin, 1934
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La salle à manger, 1925-1930
Henri Matisse – La tristesse du roi
12 février 2008 à 10:04 (Artistes)
Tags: France, Henri Matisse, Orientalisme, Peinture

La tristesse du roi (Le roi triste), 1952
3,86 m x 2,92 m, Papiers gouachés et découpés, marouflés sur toile
Centre Pompidou
♥♥♥
Matisse mélancolique
La Tristesse du roi, ouvrage réalisé à Nice, à l’hôtel Régina où Henri Matisse est installé depuis 1949, est l’ultime autoportrait du peintre, portrait d’un vieillard jouant la musique pour se distraire de la mélancolie et apaiser ses maux. Un tableau monumental composé en gouache découpé, qui résume la richesse et la liberté créative de la technique de papier coloré en morceaux.
En effet, au moment de réaliser cette œuvre prodigieuse, la mobilité de Matisse était largement réduite pour cause de sa maladie. Dans les films documentant la création tardive de Matisse, nous voyons comment l’artiste dirige son assistante à épingler et déplacer les morceaux de papier sur le mur jusqu’à trouver la composition souhaitée. Certes, les papiers découpés ne sont pas forts en modelé subtile et en contour sophistiqué, l’artiste doit se contenter des figures simplifiées, des tons purs, de ne jouer que sur les rapports d’équilibre et de contraste entre les couleurs – blanc-noir, rouge-vert, bleu-jaune, etc. La contrainte physique n’a cependant pas astreint la moindre liberté formelle de son expression.
Dans ce tableau, Henri Matisse se représente par une masse noire, ressemblant à sa silhouette assise dans son fauteuil roulant, accompagné de la danseuse en blanc, incarnation des “voluptés calmes”, et de l’odalisque verte qui représente l’Orient et la beauté arabesque. Les ovales jaunes qui entourent la figure de Matisse symbolisent les notes de musique. Le sens expressif de ces ovales volants en forme de pétale est cependant ambigu. Expriment-t-ils la gaîté et le bonheur de la musique, puisque l’artiste est connu pour sa joie de vivre et pour son amour de la volupté? Ou probablement c’est la mélancolie du roi (Matisse) qui se figure dans le mouvement descendant des pétales jaunes soulignant la tristesse dans sa légèreté plutôt que la jouissance chantante de la musique?
L’œuvre de Matisse est arabesque, la surface est remplie de petits motifs décoratifs, comme si c’était par la crainte du vide. Or la composition poursuit le mouvement de la vie, et l’organisation de la surface s’assimile au rythme de l’organisme vivant, qui se libère de la rigueur mathématique de l’art islamique. La forme et les motifs choisis dans cette toile ne sont pas pris au hasard. Formellement, La Tristesse du roi se réfère à une toile de Matisse réalisée en 1939, La musique, à la série d’odalisque réalisée majoritairement dans les années 1920, et à la danse, thème récurrent dans les peintures de Matisse. Ce sont les plaisirs qui ont marqué la vie du peintre. Le sujet de la mélancolie et de la musique est inspiré d’un tableau de Rembrandt, David jouant de la harpe devant Saül, sur lequel Matisse entasse le thème de vieillesse et de souvenir du temps passé, reprise de La Vie antérieure, poème de Baudelaire:
J’ai longtemps habité sous de vastes portiques
Que les soleils marins teignaient de mille feux,
Et que leurs grands piliers, droits et majestueux,
Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques.
Les houles, en roulant les images des cieux,
Mêlaient d’une façon solennelle et mystique
Les tout-puissants accords de leur riche musique
Aux couleurs du couchant reflété par mes yeux.
C’est là que j’ai vécu dans les voluptés calmes,
Au milieu de l’azur, des vagues, des splendeurs
Et des esclaves nus, tout imprégnés d’odeurs,
Qui me rafraîchissaient le front avec des palmes,
Et dont l’unique soin était d’approfondir
Le secret douloureux qui me faisait languir.
— Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal
♥♥♥
Thème de la musique

La musique, 1939
Huile sur toile, 115.2 x 115.2 cm
Albright-Knox Art Gallery, Buffalo, NY
♥♥♥
Thème de la danseuse (danse)

la Danse, 1909-1910
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Danseuse dans le fauteuil, sol en damier, 1942
♥♥♥
Thème de l’odalisque

Odalisque assise, 1928
Seattle Art Institute
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Odalisque assise, 1928
En comparaison avec l’Odalisque d’Eugène Delacroix:

Eugène Delacroix – Odalisque, 1857
Huile sur bois, 35,5 x 30,5 cm, Collection privée
♥♥♥
La surface décorative islamisée
Intérieur aux aubergines, 1911-1912
Musée de Peinture et de Sculpture, Grenoble
