Emotion et sentiment : distinction d’après Antonio Damasio

Antonio Damasio distingue entre l’aspect somatique et mental des phénomènes affectifs liés à un objet émotionnellement pertinent : les émotions et les sentiments[1]. D’un côté, les émotions sont définies comme aspect somatique et physiologique ; elles représente l’ensemble de collection de réponses physiologiques induites par des objets émotionnellement compétents provenant de l’environnement ou du milieu interne de l’organisme. De l’autre, les sentiments sont conçus comme une sorte d’image mentale, subjectifs et privés.

Les émotions définies par Damasio inclurent donc deux aspects de l’affectivité : l’arousal et l’expression. Aspect expressif, les émotions sont l’action et le mouvement visible pour autrui lorsqu’elles se manifestent sur le visage, dans la voix et à travers les comportements. Aspect arousal, les émotions sont les phénomènes neurophysiologiques, observables empiriquement par les moyens scientifiques. Les émotions ainsi définies sont en principe publiques et observables à la troisième personne, et peuvent être déclenchés et exécutés à l’insu de l’agent de l’émotion. Elles sont avant tout d’ordre non conscient. Les sentiments ont d’ailleurs les caractéristiques d’être privés, subjectifs et conscients, comme toutes les autres formes de représentations mentales, telles que la pensée, l’information, le savoir ou la connaissance. Les représentations mentales sont privées, parce que seul celui qui le possède peut le voir, comme un film projeté à l’intérieur du cerveau. Les sentiments ainsi définis par Damasio sont les produits issus de l’étape plus élaborée des processus de traitement émotionnel. Ils sont les émotions rendues conscientes. Autrement dit, au stade du sentiment, les émotions, à l’origine somatiques et aveugles, sont éventuellement transformées en images mentales qui nécessitent l’intervention des processus cognitifs de haut niveau.


[1] Voir:

- Antonio R. Damasio (1999). The feeling of what happens: Body, emotion, and consciousness. New York, Harcourt Brace. Trad. Français, Le sentiment même de soi : corps, émotions, conscience. Paris, Odile Jacob.

- Antonio R. Damasio (2003). Looking for Spinoza: Joy, sorrow, and the feeling brain. London, Heinemann. Trad. Français, Spinoza avait raison : joie et tristesse, le cerveau des émotions. Paris, Odile Jacob.

Emotion comme mise en relation

Les émotions sont les phénomènes de mise en relation du sujet percevant et du monde, exemplaires de la fameuse thèse phénoménologique, celle du “sujet au monde.” J’explique.

Lorsque je suis en colère contre une personne qui m’a insultée ou contre une situation d’injustice, mon émotion colérique est liée à un objet bien déterminé : la personne ou la situation qui indurent ma colère. Les émotions sont effectivement les états affectifs liés à un objet bien défini. C’est ainsi qu’elles constituent une interface extraordinaire entre moi et l’objet, ou plus vaguement, le monde. Dès lors, puis-je dire que les émotions sont manifestations d’une vérité phénoménologique qui est le sujet-au-monde? Les émotions, ne sont-t-elles pas celles qui déterminent ma position, mon attitude, vis-à-vis d’une personne, un objet et de ce monde?

Klaus R. Scherer a ailleurs donné trois raisons pour justifier le rôle intermédiaire des émotions : premièrement, les émotions sont constituées de l’évaluation de la pertinence de l’objet par rapport à l’organisme ; deuxièmement, les émotions sont constituées de la préparation à l’action en vue d’établir une relation appropriée avec l’objet ; troisièmement, les émotions ont pour fonction de communiquer les états subjectifs et les intentions entre l’organisme et son environnement social[1].

Les émotions sont les phénomènes de co-apparition du sujet percevant et de l’objet perçu.


[1] Cf. Klaus R. Scherer (1984). On the Nature and Function of Emotion: A Component Process Approach. In : Klaus R. Scherer, Paul Ekman (éd.), Approaches to emotion. Hillsdale (N.J.) : L. Erlbaum.

Petite astuce pour distinguer un faux cul

La découverte physiologique de Guillaume-Benjamin Duchenne

Duchenne avait montré que le sourire suscité par une joie réelle était réalisé par la contraction involontaire simultanée de deux muscles: le grand zygomatique et l’orbiculaire palpébral inférieur. Il a découvert en outre que ce dernier muscle ne pouvait être commandé que de façon involontaire; il était impossible de le faire jouer volontairement. Les stimuli capables de déclencher la commande involontaire de l’orbiculaire palpébral inférieur étaient, comme Duchenne l’a dit, les « émotions agréables de l’âme ». En ce qui concerne le grand zygomatique, il peut être mis en jeu à la fois de façon involontaire et sous l’action de la volonté, et il est donc le moyen approprié pour réaliser des sourires de politesse.
Extrait de : Antonio Damasio (1994). L’erreur de Descartes.

 

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