La sensibilité selon Emmanuel Kant

Une mauvaise nouvelle pour les amateurs de la philosophie kantienne: la perception, telle qu’on la comprend aujourd’hui, n’a pas de terme équivalent dans le contexte kantien. A moins qu’elle soit représentée par l’union de deux activités de connaître : celle de la sensibilité et celle de l’imagination, qui, ensemble, constituent la faculté de présenter (d’intuitionner).

L’idée kantienne de la perception est enracinée dans la psychologie du dix-huitième siècle selon laquelle l’activité de percevoir n’est qu’une capacité de pure réceptivité en vue de recevoir les stimuli provenant du monde extérieur. Aujourd’hui, nous ne considérons cependant guère que la perception soit une réception passive des stimuli qui nous donne simplement les matériaux dans leur diversité sans aucune organisation. Au moins la théorie de la gestalt nous a montrés que, dès le stade de la perception, notre mécanisme de cognition impose davantage le principe de l’unité, la Gestalt ou la forme, sur les stimuli arrivant de l’extérieur. Les principes de mise en forme sont impliqués très tôt dans l’activité de percevoir. La perception telle qu’on la connaît aujourd’hui n’a donc rien de passif.

Contrairement à ce que peuvent croire beaucoup de gens, dans le système kantien, la sensibilité seule ne constitue que des étapes antérieures de la perception. En effet, la sensibilité a pour Kant le statut d’une source originale de connaissance, parce qu’elle donne des objets à l’entendement. Elle est la capacité de recevoir des représentations singulières lorsque l’esprit est affecté par la présence d’un objet transcendant, la chose en soi. L’objet donné par la sensibilité, c’est le phénomène, c’est l’objet immanent (mental). La sensibilité ne donne pas des choses en soi mais offre deux pures conditions de possibilité pour tout ce qui nous arrive du monde extérieur. Elle nous offre les conditions de possibilité de nos expériences, des phénomènes et des objets immanents.

La sensibilité au sens kantien est cependant une faculté de réceptivité pure, une capacité passive de recevoir des impressions. Elle ne constitue pas encore les véritables facultés de l’âme qui se caractérisent éminemment par leur spontanéité, leur activité et leur pouvoir d’imposer les formes aux objets mentaux. Un objet mental au stade de la sensibilité n’est alors qu’un assortiment des impressions diverses, fragmentaires et chaotiques. Il faudra un principe de synthèse qui s’impose pour en faire une unité. C’est alors une autre histoire.

Petite astuce pour distinguer un faux cul

La découverte physiologique de Guillaume-Benjamin Duchenne

Duchenne avait montré que le sourire suscité par une joie réelle était réalisé par la contraction involontaire simultanée de deux muscles: le grand zygomatique et l’orbiculaire palpébral inférieur. Il a découvert en outre que ce dernier muscle ne pouvait être commandé que de façon involontaire; il était impossible de le faire jouer volontairement. Les stimuli capables de déclencher la commande involontaire de l’orbiculaire palpébral inférieur étaient, comme Duchenne l’a dit, les « émotions agréables de l’âme ». En ce qui concerne le grand zygomatique, il peut être mis en jeu à la fois de façon involontaire et sous l’action de la volonté, et il est donc le moyen approprié pour réaliser des sourires de politesse.
Extrait de : Antonio Damasio (1994). L’erreur de Descartes.

 

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