Les émotions sont les phénomènes de mise en relation du sujet percevant et du monde, exemplaires de la fameuse thèse phénoménologique, celle du “sujet au monde.” J’explique.
Lorsque je suis en colère contre une personne qui m’a insultée ou contre une situation d’injustice, mon émotion colérique est liée à un objet bien déterminé : la personne ou la situation qui indurent ma colère. Les émotions sont effectivement les états affectifs liés à un objet bien défini. C’est ainsi qu’elles constituent une interface extraordinaire entre moi et l’objet, ou plus vaguement, le monde. Dès lors, puis-je dire que les émotions sont manifestations d’une vérité phénoménologique qui est le sujet-au-monde? Les émotions, ne sont-t-elles pas celles qui déterminent ma position, mon attitude, vis-à-vis d’une personne, un objet et de ce monde?
Klaus R. Scherer a ailleurs donné trois raisons pour justifier le rôle intermédiaire des émotions : premièrement, les émotions sont constituées de l’évaluation de la pertinence de l’objet par rapport à l’organisme ; deuxièmement, les émotions sont constituées de la préparation à l’action en vue d’établir une relation appropriée avec l’objet ; troisièmement, les émotions ont pour fonction de communiquer les états subjectifs et les intentions entre l’organisme et son environnement social[1].
Les émotions sont les phénomènes de co-apparition du sujet percevant et de l’objet perçu.
[1] Cf. Klaus R. Scherer (1984). On the Nature and Function of Emotion: A Component Process Approach. In : Klaus R. Scherer, Paul Ekman (éd.), Approaches to emotion. Hillsdale (N.J.) : L. Erlbaum.