L’œil du théoricien/historien de l’art

L’œil du théoricien/historien de l’art est une problématique curieusement peu relevée. Et pourtant une abondance de littérature sur l’art est écrite par l’intermédiaire de ce regard !

Je dirait que la perception d’un théoricien/historien doive occuper une place éminente dans l’écrit sur l’art, puisqu’elle est à la fois l’outil et le thème de l’étude théorique/historique de ce dernière. L’outil, parce que les travaux et les analyses réalisées par un théoricien/historien de l’art sont menés par l’intermédiaire de sa perception et de son œil. Étrangement, nous parlons beaucoup de l’œil de l’artiste et celui du spectateur, mais rarement celui d’un historien/théoricien de l’art, comme s’il n’était pas suffisamment éminent pour en faire un sujet de discussion. Je me demande alors pourquoi cette négligence ou ce silence quant à l’œil du théoricien/historien de l’art.

Ainsi, je me lance dans la réflexion, la contemplation, la méditation de ceci…Pour le moment, je conserve le silence…

Dynamique cognitive

Les conceptions classiques de la cognition ont souvent insisté sur le contenu au détriment de l’aspect dynamique qui est le processus de traitement cognitif, alors que les théories récentes de la cognition, souvent reposées sur une base fonctionnaliste, privilégient avant tout l’aspect dynamique des processus cognitifs et sa constitution.

Franz Brentano, dans son entreprise préalable de définir l’objet de la psychologie, attire notre attention sur une distinction essentielle : l’acte de représenter et ce qui est représenté[1], le contenu de la représentation. En effet, nous devons rendre compte de cette distinction entre activité et expérience, entre processus mentaux et leurs produits (contenus mentaux) afin d’en avoir une théorie adéquate de l’esprit.

Cette distinction est particulièrement pertinente lorsqu’il s’agit de l’acte de l’intentionnalité. Nous retrouvons ici l’acte de la conscience, qui s’oppose à son contenu, par une sorte de corrélation intentionnelle, caractéristique propre à la conscience. La cognition, la perception, l’émotion, en tant qu’états mentaux, doivent également être pensées dans cette perspective : distinction de l’acte de l’intentionnalité et de son objet visé, à savoir l’objet intentionnel. Prise dans un sens phénoménologique, c’est la distinction du cogito comme acte et du cogitatum comme son contenu ; c’est la séparation de l’acte, la noèse, et de son objet, le noème, distinction primordiale entre la faculté de connaître et le phénomène qui constituent le monde tel que nous percevons. Concevoir la perception comme acte, c’est la penser comme l’événement mental dans lequel se détermine l’apparition du monde perçu. Ainsi se distinguent le percevant et le perçu – comme nous l’a ainsi révélé la phénoménologie de Maurice Merleau-Ponty.


[1] Cf. Franz Brentano (1924). Psychologie du point de vue empirique. Trad. français, M. de Gandillac, Paris, Aubier, 1944.

La conscience affective selon Ferdinand Alquié

Dans la pensée cartésienne et husserlienne, toute conscience est conscience de quelque chose, tout cogito est relatif à un cogitatum, à un objet pensé. Même si les scientifiques et les philosophes ne sont pas toujours d’accord avec Descartes, dans le milieu scientifique et philosophique, la question de l’affectivité est toujours traitée comme si c’était un objet de la conscience, un cogitatum, qui n’échappe pas à la loi de l’Intentionnalité. Dans cette logique, le cogito, la conscience, l’acte de penser, sont naturellement conçus comme quelque chose qui est étrangère à son objet, distincte à son cogitatum.

Seulement voilà, pour Ferdinand Alquié, la question de l’affectivité et de la conscience doit se poser autrement. Pour lui, le sentiment, ou l’affectivité, ne peut pas être simple donné à la pensée ; l’affectivité n’est pas un simple cogitatum au cogito. Selon lui, « il est pourtant une conscience qui, semblant étrangère à tout concept, à tout langage formulé, paraît aussi incapable de se distinguer de son objet que de se distinguer de soi : c’est la conscience qu’à chaque instant nous prenons de nous-mêmes. En disant que je suis assis à ma table, que j’écris, je n’énonce qu’une partie de ce qu’elle contient. Se saisissant comme tel, le sujet découvre en lui bien des réalités qui ne peuvent donner lieu à aucune énonciation objective.» (Alquié, 1979) La conscience affective marque l’activité de la conscience comme étant un sujet ou un agent de cette activité de connaître, au lieu de réduire le « moi » en un simple objet, une représentation, ou même un énoncé, ce qui est le cas de la conscience intellectuelle.

Si l’analyse dissocie, par abstraction, l’affectif ou le sentiment en « état » et en connaissance de cet état, c’est-à-dire, en une sorte d’objet mental, elle permet ainsi l’énonciation, puisqu’un cogitatum est un prêt-à-énoncer, ou tout simplement l’énoncé lui-même. Or pour Alquié, mon sentiment n’est pas ce que je connais et j’énonce et l’affectivité ne peut pas être réduite à l’énoncé, à un objet qui est là, devant moi, distinct de moi et de ma conscience. La conscience affective et « son objet » (s’il y a un tel objet) sont intrinsèquement indifférenciés, contrairement à la conscience intellectuelle qui est par nature distinguée de son objet, une conscience qui pose son objet devant son regard. Par la conscience intellectuelle, je pense à l’être comme l’objet, tandis que par la conscience affective, je le vis. « Dans l’affectif, je vis si intensément mon rapport à l’être que je ne puis le penser. » (Alquié, 1979) Dans l’affectif, nous ne parvenons pas à constituer l’objet qui est la condition privilégiée de la connaissance. Car cette conscience n’est pas celle qui vise un objet, un énoncé, mais une conscience qui ne concerne que l’activité de penser et d’énoncer elles-mêmes.

Cf. Ferdinand Alquié (1979). La conscience affective. A la recherche de la vérité. Paris, J. Vrin.

Interaction cognition-émotion selon Robert Zajonc

Une version assez modifiée quant au rôle de la cognition dans le processus affectif a été proposée en 1984[1], dans une série d’articles contribués à la question de l’interaction de l’affect et de la cognition.

Zajonc admet que l’émotion peut se construire sur la base de « cognition » à condition que la notion de cognition soit bien redéfinie. Il distingue entre la cognition et la représentation. D’un côté, le terme cognition est définie comme processus internes de traitement de l’information inclus dans l’acquisition, la transformation et le stockage de l’information. Les processus de traitement de l’information, c’est-à-dire, la cognition, ont pour fonction de transformer constamment les simples stimuli sensoriels en représentations d’après certain codage spécifique de notre architecture cognitive. De l’autre, la notion de représentation est définie comme « produit » de la cognition signalée comme processus, notamment quand son contenu peut être analysée par moyen sémantique.

Parler l’interaction entre l’émotion et la cognition, selon Zajonc, c’est parler l’interdépendance dynamique entre les deux processus, et non celle de leurs produits, à savoir l’image mentale d’un stimulus émotionnel et l’expérience affective liée à ce dernier. Bref, l’essentiel ne se présente pas dans le fait de nier la participation du processus cognitif dans certaines émotions, ni de désapprouver l’interaction de l’émotion et du processus cognitif, mais de réclamer que les représentations mentales provenant des traitements cognitifs de haut niveau comme la pensée, la connaissance, le concept, l’appréciation ou l’évaluation cognitive ne sont pas les conditions nécessaires de certaines émotions, notamment les émotions dites primaires. Il va falloir poser notre regard en arrière, afin de focaliser l’analyse sur l’interaction dynamique des processus cognitifs et affectifs, et non seulement sur leurs produits, les représentations mentales.

Les déclencheurs de l’émotion peuvent rester inconscients. C’est une des raisons pour lesquelles une instance émotionnelle ne peut pas être toujours sous le contrôle délibéré de l’individu.


[1] Voir Robert B. Zajonc (1984). On primacy of affect, in : C.E. K. R. Scherer & P. Ekman (Eds.), Approaches to emotion, 259-270 .

Four systems of emotion activation

Carroll Izard pense que la cognition n’est qu’un des quatre systèmes qui pourraient évoquer les émotions :

(1) les processus neuronaux ;

(2) les processus sensorimoteurs : par exemple, les comportements expressifs et instrumentaux ;

(3) les processus motivationnels, tels que la faim, le soif, et la douleur ;

(4) les processus cognitifs: l’évaluation cognitive, par exemple.

Izard soutient une théorie de la primauté de l’émotion et ne présuppose pas la nécessité de l’intervention d’appraisal dans le déclenchement de l’émotion. D’après Izard, quoique la perception menant les données sensorielles vers la représentation mentale et la mémoire soit un processus cognitif de haut niveau, il existe une perception « sous-congitive » qui fonctionne essentiellement au service du système de l’émotion. L’activation des processus neurophysiologiques et neuromusculaires semble plus plus fondamentale que l’intervention d’appraisal.

Cf. Carroll Izard (1993). Four systems of emotion activation: Cognitive and noncognitive processes. Psychological review, 100(1), 68-90.

« Articles plus anciens