Attitude réflexive

Texte de Sartre – L’Être et le Néant

Je viens de faire un geste maladroit ou vulgaire: ce geste colle à moi, je ne le juge ni ne le blâme, je le vis simplement, je le réalise sur le mode du pour-soi. Mais voici tout à coup que je lève la tête: quelqu’un était là et m’a vu. je réalise tout à coup la vulgarité de mon geste et j’ai honte. Il est certain que ma honte n’est pas réflexive, car la présence d’autrui à ma conscience, fût-ce à la manière d’une catalyseur, est incompatible avec l’attitude réflexive: dans le champ de ma réflexion je ne puis jamais rencontrer que la conscience qui est mienne. Or autrui est médiateur entre moi et moi-même: j’ai honte de moi tel que j’apparais à autrui.

Mon interprétation de l’attitude réflexive:

L’”attitude réflexive” désigne, dans l’acte de penser, l’état de la conscience qui se réfère en permanence à soi. La conscience réflexive est donc la conscience de soi, la conscience qui se saisit dans le flux de pensée. C’est la pensée qui se pense, la conscience qui prend conscience de sa propre activité, de son état, de son contenu. L’attitude réflexive est donc l’acte de retour de la conscience à soi, la prise de conscience de soi du sujet pensant (percevant).

Dans le texte de Sartre, ma honte qui n’est pas due à cette attitude réflexive, à cette conscience pure de soi, est vulgaire dans le sens où ce sentiment est né de la perception d’un reflet de soi, comme l’effet de miroir, renvoyé par d’autrui. Ce sentiment risque de mettre en cause la subjectivité pure, puisque la perception de soi par le biais d’autrui n’est pas la conscience pure (qui doit être le fondement de la subjectivité).

Il me semble que la pensée de Sartre, comme beaucoup de philosophes de son temps, vise à sortir la philosophie de cette forme de solipsisme. Ainsi la conscience de soi, selon Sartre, doit être née en même temps que la conscience du monde, ce “pour soi”. (Le monde est “en soi”, alors que l’apparition du monde devant la conscience est “pour soi.”) Je ne suis pas sure si l’interprétation de ce texte doive s’orienter vers ce fameux duo “en soi” et “pour soi,” puisque ici, la question d’autrui est plutôt celle de la conscience à l’extérieur de ma conscience. Moi, devant d’autrui, est l’objet de sa conscience. Il s’agit plutôt d’une question de “other minds,” n’est-ce pas? Est-ce que ma conscience peut être l’objet de la conscience qui n’est pas la mienne, et vice versa? C’est encore une autre question ….

Un commentaire

  1. vincseize a dit,

    16 août 2008 à 11:19

    Hum, es tu certain(e) !?

    “…est vulgaire dans le sens où ce sentiment est né de la perception d’un reflet de soi …”

    Ne serait-elle vulgaire parce que justement ce sentiment échappe à sa propre conscience-perception dans sa representation-définition !?

    “… Le monde est “en soi …”
    N’est ce pas justement un de ces instants-moments-ressenti (excuses-moi), je ne suis pas philosophe, et les mots me manquent quelques peu) où ce monde-entierté t’échappe !?


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