Non, tu n’es pas au bout de la souffrance, continue…

Richard McGuire – Peur(s) du noir, 2008

N’étant jamais fan de bonde dessinée, je suis quand même enchantée de voir ce film d’animation, composé de six récits entrelacés, réalisé par six auteurs graphiques et créateurs de bande dessinée. En effet, chaque récit est en lui-même un court-métrage qui anime l’angoisse au plus profond de nous. Six récits, six cauchemars enchainés. Je suis d’ailleurs très séduite par le jeu de lumière et d’obscurité dans le dessin de Richard McGuire. Le pouvoir suggestif de l’ombre est saisissant. Comme dans un rêve, un mauvais…

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Richard McGuire – Peur(s) du noir

Tiens, je reconnais quelques chef-d’œuvres à quoi le dessin de l’Italien Lorenzo Mattotti fait allusion, un tableau du Giorgio de Chirico, Mystère et mélancolie d’une rue, et les sculptures d’Alberto Giacometti, Le nez, et la Tête sur tige. C’est pas rigolo, ça?

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Lorenzo Mattotti – Peur(s) du noir

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Giorgio de Chirico – Mystère et mélancolie d’une rue, 1914

Huile sur toile, 87 x 71,5 cm

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Lorenzo Mattotti – Peur(s) du noir

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Alberto Giacometti – Le nez, 1947-49

Corde, Métal, Plâtre peint, 77 cm x 83 cm x 37 cm

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Alberto Giacometti – Tête sur tige, 1947

Réalisation collective – Peur(s) du noir, 2008

Esthétique du noir et blanc vs. petit malaise visuel

Christian Volckman – Renaissance, 2006

Voilà un film que j’ai vu il y a deux ans et qui me tient toujours à cœur malgré le temps qui passe et malgré tous ces films vus entretemps. Je me souviens d’avoir eu la nausée pendant le premier quart heure du film, à cause de la mauvaise adaptation visuelle. Au départ, tout n’est pas si évident pour une spectatrice comme moi.
Le film est réalisé avec une idée graphiste tout à fait originale, qui va jusqu’à défier notre habitude de voir. Je me souviens d’avoir forcé (visuellement, mentalement, cérébralement, tout ce que tu veux!) afin de pouvoir fixer mon regard sur une figure, de trouver les bords entre deux masses, histoire de construire les “Gestalts” quoi. C’est un véritable travail de l’oeil – pendant les premières minutes, j’avais vraiment du mal à voir la profondeur de la scène, à détacher la forme de son arrière-plan, à distinguer les personnages et les objets en mouvement. Ce n’est qu’au bout d’une demi heure d’adaptation laborieuse et pénible (j’avoue) que j’ai pu finalement réussir à retrouver le bien-être de mes yeux et bien sur mon aisance cérébrale (ouf, enfin, heureusement). Ceci est une petite remise en question de l’habitude visuelle d’une spectatrice pas tout à fait paresseuse.
Site officiel

Un monde sans voix

Et si l’on fait un cinéma sans voix, ça te tente? Un monde sans parole. On va sûrement sonner fort avec les mots et les images, à la manière de Méliès. Et voilà, c’est fait. Le Télépolis, un film courageux, presque avant-gardiste esthétiquement, plein de nostalgie et de charme fantastique à la Métropolis, de Fritz Lang, et d’innocence enfantine de Méliès. Une idée rafraîchissante dans ce monde cinématographique, qui nous rappelle que le muet, le noir et blanc est (était) une force esthétique. Un joli film dans lequel l’émerveillement nous enchante à tout instant. Chaque plan et chaque cadrage sont un petit bijou merveilleux. Esthétique consciencieuse, image en noir et blanc très surréaliste, chaque séquence est manœuvrée avec une attention minutieuse, servie par la bande-son pour installer une atmosphère presque onirique, survolant le réel. A tel point que, on se contente de sa narration à la fois naïve et primaire. Oh, oui, le récit est simple mais efficace en résonance à l’éblouissement du son et à la poésie de l’image. C’est clair et net: on comprend le message qu’Esteban Sapir nous transmet.

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Esteban Sapir- Télépolis (La Antena), 2007

Film argentin. Drame. Durée : 1h 35min.

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Georges Méliès – Le Voyage dans la Lune, 1902

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Fritz Lang – Métropolis, 1927

Is The Beauty Of A Sculpture In The Brain Of The Beholder?

Léonard de Vinci – Homme de Vitruve, circa 1490

Gallerie dell’Academia, Venise, 344×245 mm

Lien de l’article:

http://www.sciencedaily.com/releases/2007/11/071120201928.htm

Résumé de l’article

ScienceDaily (2007-11-24) — Is there an objective biological basis for the experience of beauty in art? Or is aesthetic experience entirely subjective? New research uses fMRI scans to study the neural activity in subjects with no knowledge of art criticism, who were shown images of Classical and Renaissance sculptures.

L’article de Giacomo Rizzolatti :

Di Dio C, Macaluso E, Rizzolatti G (2007). The Golden Beauty: Brain Response to Classical and Renaissance Sculptures. PLoS One 2(11): e1201.

Lien:

http://www.pubmedcentral.nih.gov/articlerender.fcgi?artid=2065898

Henri Matisse – La tristesse du roi

La tristesse du roi (Le roi triste), 1952

3,86 m x 2,92 m, Papiers gouachés et découpés, marouflés sur toile

Centre Pompidou

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Matisse mélancolique

La Tristesse du roi, ouvrage réalisé à Nice, à l’hôtel Régina où Henri Matisse est installé depuis 1949, est l’ultime autoportrait du peintre, portrait d’un vieillard jouant la musique pour se distraire de la mélancolie et apaiser ses maux. Un tableau monumental composé en gouache découpé, qui résume la richesse et la liberté créative de la technique de papier coloré en morceaux.

En effet, au moment de réaliser cette œuvre prodigieuse, la mobilité de Matisse était largement réduite pour cause de sa maladie. Dans les films documentant la création tardive de Matisse, nous voyons comment l’artiste dirige son assistante à épingler et déplacer les morceaux de papier sur le mur jusqu’à trouver la composition souhaitée. Certes, les papiers découpés ne sont pas forts en modelé subtile et en contour sophistiqué, l’artiste doit se contenter des figures simplifiées, des tons purs, de ne jouer que sur les rapports d’équilibre et de contraste entre les couleurs – blanc-noir, rouge-vert, bleu-jaune, etc. La contrainte physique n’a cependant pas astreint la moindre liberté formelle de son expression.

Dans ce tableau, Henri Matisse se représente par une masse noire, ressemblant à sa silhouette assise dans son fauteuil roulant, accompagné de la danseuse en blanc, incarnation des “voluptés calmes”, et de l’odalisque verte qui représente l’Orient et la beauté arabesque. Les ovales jaunes qui entourent la figure de Matisse symbolisent les notes de musique. Le sens expressif de ces ovales volants en forme de pétale est cependant ambigu. Expriment-t-ils la gaîté et le bonheur de la musique, puisque l’artiste est connu pour sa joie de vivre et pour son amour de la volupté? Ou probablement c’est la mélancolie du roi (Matisse) qui se figure dans le mouvement descendant des pétales jaunes soulignant la tristesse dans sa légèreté plutôt que la jouissance chantante de la musique?

L’œuvre de Matisse est arabesque, la surface est remplie de petits motifs décoratifs, comme si c’était par la crainte du vide. Or la composition poursuit le mouvement de la vie, et l’organisation de la surface s’assimile au rythme de l’organisme vivant, qui se libère de la rigueur mathématique de l’art islamique. La forme et les motifs choisis dans cette toile ne sont pas pris au hasard. Formellement, La Tristesse du roi se réfère à une toile de Matisse réalisée en 1939, La musique, à la série d’odalisque réalisée majoritairement dans les années 1920, et à la danse, thème récurrent dans les peintures de Matisse. Ce sont les plaisirs qui ont marqué la vie du peintre. Le sujet de la mélancolie et de la musique est inspiré d’un tableau de Rembrandt, David jouant de la harpe devant Saül, sur lequel Matisse entasse le thème de vieillesse et de souvenir du temps passé, reprise de La Vie antérieure, poème de Baudelaire:

J’ai longtemps habité sous de vastes portiques
Que les soleils marins teignaient de mille feux,
Et que leurs grands piliers, droits et majestueux,
Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques.

Les houles, en roulant les images des cieux,
Mêlaient d’une façon solennelle et mystique
Les tout-puissants accords de leur riche musique
Aux couleurs du couchant reflété par mes yeux.

C’est là que j’ai vécu dans les voluptés calmes,
Au milieu de l’azur, des vagues, des splendeurs
Et des esclaves nus, tout imprégnés d’odeurs,

Qui me rafraîchissaient le front avec des palmes,
Et dont l’unique soin était d’approfondir
Le secret douloureux qui me faisait languir.

— Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal

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Thème de la musique

 

La musique, 1939

Huile sur toile, 115.2 x 115.2 cm

Albright-Knox Art Gallery, Buffalo, NY

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Thème de la danseuse (danse)

la Danse, 1909-1910

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Danseuse dans le fauteuil, sol en damier, 1942

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Thème de l’odalisque

Odalisque assise, 1928

Seattle Art Institute

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Odalisque assise, 1928

En comparaison avec l’Odalisque d’Eugène Delacroix:

Eugène Delacroix – Odalisque, 1857

Huile sur bois, 35,5 x 30,5 cm, Collection privée

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La surface décorative islamisée

Intérieur aux aubergines, 1911-1912

Musée de Peinture et de Sculpture, Grenoble

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