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Qu’est ce qu’on attend de ce documentaire filmant les répétitions à Moscou de l’unique opéra de Claude Debussy, Pelléas et Mélisande ? Plutôt quelques inquiétudes. Si, Philippe Béziat, le réalisateur de ce documentaire Pelléas et Mélisande, le chant des aveugles, le procède comme la plupart des documentaires de musique, il sera trop banal de voir les fragments de musique s’entrelacer à des interviews, des morceaux de l’image de mise en scènes, et des anecdotes dans les coulisses. Souvent, ça risque de rendre le documentaire peu savoureux. Et puis, comme c’est d’une telle banalité que, dans les documentaires du même genre, l’expression de l’image filmée et celle de la musique ne vont pas toujours ensemble, elles sont souvent présentées comme deux lignes parallèles qui ne se croiseront jamais, alors on se contente du minimum en se disant qu’il suffit que le film saisit l’essentiel de l’événement, comme font la plupart des reportages documentaires. On n’ose pas demander un peu plus juste pour satisfaire le besoin de faire expérience d’une vraie œuvre d’art. On se contente alors de dire que, après tout, dans les documentaires de musique, la véritable œuvre, c’est la musique et l’interprétation de celle-ci. Le film en soi n’est qu’un moyen de diffusion des signaux sonores, un média.
Alors Philippe Béziat l’a fait autrement. Il a réalisé un vrai film de cinéma, digne du nom « œuvre ». Dans ce film documentaire, non seulement la caméra suit pas à pas l’élaboration des idées, des interprétations et de la répétition de mise en scène d’une œuvre d’opéra, de plus, la restitution et le montage de l’image, ainsi que la synthèse de tous ces éléments filmiques – sonores, visuels, conceptuels, narratifs – font de ce film documentaire une véritable œuvre d’art en soi, aussi éloquente que poétique. Une œuvre documentaire qui présente à la fois l’univers du travail interprétatif des artistes et celui de l’onirique cinématographique, l’unité harmonieuse des éléments sonores, visuels, narratifs, illustratifs, lyriques, tout à la fois. Sur l’écran, les images captivant le monde du théâtre me paraissent très érotiques et très fidèles à la sensualité musicale de l’œuvre de Debussy. À la fois scintillantes et sombres, les images filmées sont aussi envoûtantes que l’orchestration musicale.
C’est un film magnifique et sublime !! Au même titre que Pelléas et Mélisande qui est, selon moi, l’une des plus belles pièces de l’opéra français, ce film s’affichera comme un des plus beaux films documentaires de musique des cinéastes français.
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